“Lorsque je peins, seules les couleurs et leur mise en place importent. C’est comme un tour de magie; marier deux couleurs et elles se transforment aussitôt l’une l’autre. Je suis toujours impatiente de voir ce qu’un nouvel accord va générer; ce rouge quasi fluo qui verdit le bleu que je lui accole, ce jaune verdâtre qui me tire d’affaire en allumant la toile, cette involontaire coulure de couleur qui lie deux éléments jusqu’alors hétérogènes. Les couleurs ont le pouvoir. J’essaie de les entendre, mon ouïe n’est pas toujours très fine.
Au fil du travail mon esprit vagabonde; assailli par le souvenir de ces pêcheurs à pied distingués dans le lointain d’une ria bretonne et qui, lorsque saisis sous un violent soleil, semblent alors de minuscules et sombres poupées grattant la plage à marée basse, tels les lettres d’un ancien alphabet griffant une page ou des notes de musique piquant une sorte de portée.
Il m’est alors comme une nécessité de cheminer d’une toile à l’autre, revenant sans cesse sur le thème, avançant dans des variations intérieures où le chef d’orchestre est la couleur, espérant à l’occasion une belle dissonance, un accident propice qui donnera peut être un peu de caractère au résultat final.
En résumé, la peinture m’est quasi vitale :
c’est en peignant que j’ai le plus fort sentiment d’exister.”
SOPHIE DELAUNOY